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Cuadernarios
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Cuadernario 7
(2006)
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Poeta:
Isabel Díez Serrano
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Artista:
María Jesús Aréchaga
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Traductora:
Elizabeth Gamble Miller
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Crítica: 
Edith Jonsson-Devillers
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TULIPÁN 
María Jesús Aréchaga

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ME SIENTO PRIMAVERA, EL CORAZÓN AÚLLA
Isabel Díez Serrano
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Qué bien se está en mi casa.
Así los dos. mi casa que es tu casa
y recorremos juntos
los libros que aún amamos.
Silencio...
_____Sólo el tic-tac lo sabe.
Es una tarde larga, verde
de tulipanes rojos, amarillos,
--míralos allá abajo,
mira que raro es verse triste en esta tarde
con las puertas abiertas
Señor de la alegría,
sentados a la mesa
con cal entre las uñas
y el dolor, tan despacio...--
Es la hora del trigo y zumban las abejas
y la hiel de mi vida se dulcifica ahora.
Debo cantarlo, debo
decirlo a alguien.
Hoy estoy primavera,___y nos crecen las ramas.
Qué delicioso sueño.
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I FEEL LIKE SPRING, CRIES MY HEART
Elizabeth Gamble Miller
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How fine to be in my home.
Like this, the two of us, my house is your house
and together we leaf
through the books we still love.
Silence...
_____Only the tick-tock knows.
The afternoon is long, green
with tulips, red, yellow,
--see there below,
see how strange it is to be sad this afternoon
with the windows open,
Lord of happiness,
sitting at the table
with lime under our nails
and pain, so slow...--
It's wheat time and bees are humming
and the bile of my life is sweetening now.
I should sing of it, I should
tell someone.
Today I am Spring,___and our branches are growing.
What a precious dream.
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ANALYSE CRITIQUE DE "JE ME SENS PRINTEMPS, MON COEUR HURLE"
Edith Jonsson-Devillers
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Le titre du poème d'Isabel Díez Serrano: "Me siento primavera, el corazón aúlla" introduit d'emblée l'opposition qui va se dérouler tout au long du poème entre le renouveau précurseur de fécondité que promet le mot "printemps", et les souffrances d'amour qu'implique un coeur qui hurle. Nous entrons dans l'intimité du personnage, que l'on pourrait supposer être une femme, dans sa maison, qui est offerte en partage à l'autre, sans doute l'amant, puisque les deux vivent cette intimité: "Así los dos", "recorremos juntos". Le mot "aún" introduit une temporalité qui mène à un doute. Pourquoi parler des livres que nous aimons encore? Y aurait-il d'autres choses que nous n'aimons plus? Ce doute est en quelque sorte confirmé par le vers suivant avec un seul mot isolé: "Silence..." On évoque, sans en parler, une dissension qui ne veut pas s'exprimer ouvertement.
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Le vers suivant: "Sólo el tic-tac lo sabe" confirme qu'il existe un secret, et que ce secret pourrait être une séparation entre les deux amants, secret enfoui dans le mécanisme de l'horloge, symbole du temps qui passe et qui transforme les choses et les sentiments.
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Le poème change alors de ton pour évoquer une journée printanière avec les couleurs vives et gaies, le vert de l'après-midi, les tulipes rouges et jaunes, l'intimité retrouvée en s'adressant familièrement à l'autre: "míralos allá abajo". Mais cette gaieté est bientôt démentie par l'affirmation de la tristesse: "Qué raro es verse triste", qui contraste encore avec la liberté heureuse qu'évoquent les portes ouvertes, et l'invocation au Seigneur de l'allégresse". Les deux personnages se retrouvent assis à la table, mais une surprenante image vient nous troubler: "con cal entre las uñas", dit le poème. S'agit-il du désaccord entre les deux amants? La "chaux entre les ongles" ne semble pas être une expression idiomatique, mais une image frappante de l'auteur, qui malheureusement perd sa force littéralement traduite. Il va donc falloir chercher une équivalence qui implique la dureté et la sensation désagréable de cette image, et les pavés entre les doigts vont au moins évoquer la dureté de la pierre et  la gêne qu'ils provoquent. La douleur, encore une fois, paraît dans le texte. Elle s'y glisse insidieusement: "y el dolor, tan despacio..."
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Dans ce qui est un autre revirement du poème, introduit de nouveau par la temporalité: "Es la hora del trigo", le printemps bienfaisant explose avec l'évocation des blés, c'est-à-dire de la végétation florissante et nourricière, et des abeilles bourdonnantes, ces insectes qui symbolisent encore la fécondité par leur nombre, et leur activité bénéfique pour l'homme grâce au miel qu'elles produisent. L'oxymoron du vers suivant fait naître un espoir: l'amertume du fiel serait-elle tempérée par la douceur qui s'introduit dans la vie de l'amante? Nous attendons une résolution du conflit avec le sursaut d'énergie qu'invoquent les vers suivants: "Debo cantarlo / debo decirlo a alguien". Le silence du début du poème semble devoir se rompre, et l'image du printemps, toujours précisée dans le temps, est encore une fois hautement proclamée: "Hoy estoy primavera", et la preuve en est qu'il nous pousse des branches, "nos crecen las ramas". Mais le vers final nous assène le coup de grâce: cette délicieuse évocation n'est qu'un rêve, "Qué delicioso sueño", et la douleur de la séparation reprend le dessus.
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Par l'évocation discrète de l'intimité d'un couple, par l'habile introduction de la temporalité qui scande les différentes étapes du poème, par la constante opposition entre les images bienheureuses et douloureuses, Isabel Díez Serrano nous fait passer par les états d'âme d'une amante qui lutte devant ses émotions intimes et doit faire face à la dure réalité. Le titre de son poème est ainsi pleinement justifié.
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El Registro, en el Portal del Hispanismo del Instituto Cervantes
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Página puesta al día por_José Antonio Giménez Micó_el 1 de agosto de 2009

 
 
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